Durant l’estive 2024, dans le massif des Aravis, des dispositifs de surveillance ont capturé une interaction nocturne entre une meute de chiens de protection et deux loups adultes. Rappelons que ce territoire constitue l’un des premiers fronts de colonisation du loup en Haute-Savoie, avec une présence avérée dès 2010, puis la confirmation d'une meute reproductive en 2019. Cette nuit-là, malgré une météo difficile mêlant pluie et brouillard, le croisement de l'imagerie thermique et des données GPS a permis de reconstituer avec précision chaque étape de cette confrontation entre la meute de chiens et les prédateurs.
Sous l’œil de la caméra : la réponse des chiens de protection face aux loups
Dans cet alpage des Alpes du Nord, la conduite du troupeau de 500 brebis repose sur une surveillance humaine permanente. C’est une conduite dite « en garde » : une méthode de pâturage où le berger accompagne et dirige quotidiennement le troupeau sur des secteurs définis, avant de les rassembler en parc restreint pour la nuit. L’obscurité venue, l'imagerie thermique lève le voile sur les interactions invisibles à l'œil nu : les déplacements des loups autour du troupeau, leurs tentatives d'attaque, mais aussi l’activité réelle des chiens de protection en l’absence de l’éleveur ou du berger. Pour compléter l'observation nocturne, des pièges photographiques quadrillent l’alpage. Les chiens de protection portent des colliers GPS à haute fréquence (un relevé toutes les 2,5 secondes). En complément, un système de géolocalisation équipe une brebis sur cinquante, avec un pointage toutes les 10 minutes, pour croiser les données de mouvement.



L'organisation des chiens de protection, ou comment l'union fait la force
Les images mettent en lumière l'action coordonnée de huit chiens de protection, mêlant Bergers roumains de Bucovine et Berger de la Maremme et des Abruzzes. La pyramide des âges est équilibrée, permettant à l’expérience des anciens de profiter aux plus jeunes. Parce qu'ils vivent et travaillent ensemble à l'année sous la direction de l’éleveur, ces chiens ont acquis une bonne cohésion de groupe. Lorsque les brebis sont parquées la nuit ou pendant les phases de chaume, la meute reste délibérément postée à l'extérieur du parc. Ce choix tactique crée une zone tampon et offre aux chiens de protection une liberté de mouvement totale pour engager la poursuite dès que des prédateurs s'approchent du troupeau.

Chronologie d'une intrusion
02h05 : deux prédateurs en approche...
Deux loups adultes - le couple reproducteur - s’approchent à moins de 200 mètres du parc. Leur comportement est typiquement celui de chasseurs en prospection. Ils observent l’environnement, analysent les odeurs, marquent le territoire par des fèces et de l’urine. C'est une appropriation symbolique : ils savent qu’ils pénètrent sur le territoire des chiens de protection mais testent la vigilance du camp adverse.
02h07 : l'alerte est donnée
La chienne Ombrie est la première à détecter les intrus. Elle aboie, remonte la piste olfactive à vive allure et se lance dans une poursuite immédiate. Les loups détalent, mais le mâle fait volte-face à 2h11 pour confronter la chienne. Ombrie marque un temps d'arrêt, puis fait demi-tour sur 20 mètres, avant d'être rejointe par le reste de la meute.
6 minutes de poursuite dissuasive
À 2h13, la meute entière se mobilise et prend en chasse les deux loups dans un concert d’aboiements. Face à cette pression collective, les prédateurs capitulent et s'enfuient. Une fois la menace écartée, les chiens de protection regagnent calmement leurs postes : ils ne cherchent pas à prolonger la confrontation. En moins de 30 minutes, le calme est totalement rétabli, sans aboiement ni stress résiduel apparent, prouvant la stabilité comportementale de la meute. La dissuasion est efficace : le reste de la nuit s'achève sans aucun nouveau dérangement.
Ce que révèle l’analyse GPS : l'intelligence des chiens de protection face à la prédation
- Tous les chiens de protection n’interviennent pas à la même distance. Quatre chiens ont mené une poursuite à plus de 700 mètres, un autre a poussé jusqu'à 350 mètres, tandis qu’une chienne s'est arrêtée à 200 mètres. Enfin, deux chiens sont restés à seulement 50 mètres du parc, comme pour assurer une garde rapprochée auprès des brebis.
Cette répartition confirme l’intérêt de placer les chiens à l’extérieur du parc de nuit pour leur permettre de s’éjecter loin du troupeau si la situation l'exige. Naturellement, cette organisation est propre à chaque contexte : elle suppose de disposer d'une meute suffisamment nombreuse, de s'appuyer sur des individus expérimentés et des zones de couchade situées à l’écart de toute fréquentation nocturne (multiusage). - Chaque individu travaille différemment. L'aptitude à la protection dépend de l'âge, de l'expérience, de la personnalité du chien, mais aussi de sa motivation ou de son rang social dans le groupe. Et parfois, il arrive que la caméra thermique révèle des tempéraments insoupçonnés : tel chien, fougueux le jour, se révèle flegmatique la nuit, tandis qu'un autre devient le pilier de la défense aussitôt la nuit tombée. Au final, ces données offrent à l'éleveur une vision plus réaliste et complète de l'engagement de ses chiens.
- La meute livre une jolie performance. L'alpage se compose de combes profondes et de vallons étroits où alternent dénivelés abrupts et pierriers instables. En lisière, les bosquets d'aulnes verts limitent considérablement le champ de vision. Cette nuit-là, les conditions météorologiques s'ajoutent à la difficulté. Alors que les chiens de protection font souvent l'objet de critiques ou de récits d'échecs, cette séquence rappelle une réalité de terrain : dans l'immense majorité des cas, et même dans les milieux les plus hostiles, ces chiens remplissent leur mission avec une efficacité remarquable.
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